Accueil > Actualités > Séminaires

Amour et intimité conjugale en (post)colonie

« Regards croisés », séminaire de l’IMAF-Aix
Coordonné par Muriel Champy (Université d’Aix-Marseille) et Romain Tiquet (CNRS).
Voir le programme complet du séminaire.

Vendredi 10 décembre 2021
14h-17h
La MMSH vient d’annuler les séminaires en présence. Cette séance se déroulera donc en visiodiffusion
Lien : univ-amu-fr.zoom.us/j/92239268470 ?pwd=U1hHTDFwR2NQdnRRMU1Oay9YSnVxUT09
ID de réunion : 922 3926 8470
Code secret : 172656

Altaïr Despres (IMAF)
« Penser la socialisation amoureuse. L’exemple des couples interraciaux à Zanzibar »

Depuis l’avènement du tourisme à Zanzibar, les plages de l’archipel tanzanien sont le lieu de rencontres intimes fréquentes entre touristes et populations locales. Dans cette présentation, je m’intéresserai, d’une part, aux dynamiques sociales de formation des couples constitués de femmes européennes et d’hommes tanzaniens, en rappelant que les espaces et pratiques touristiques peuvent être le cadre de rencontres amoureuses et conjugales durables. Il s’agira, d’autre part, de montrer que les dynamiques transactionnelles au sein de ces couples, loin de se résumer à des échanges économico-sexuels, peuvent constituer de véritables processus de socialisation.

Altaïr Despres est docteure en sociologie et anthropologie. Elle est chercheuse affilée à l’IMAF. Ses recherches portent sur les dynamiques contemporaines de mondialisation culturelle, saisies depuis l’Afrique. Ses travaux récents portent sur les mobilités européennes en Afrique et sur les transformations des pratiques amoureuses, sexuelles et conjugales à Zanzibar (Tanzanie).

Amandine Lauro (ULB / FNRS)
«  “L’amour, qu’est-ce ?” Amour romantique, intimité conjugale et expertise coloniale au Congo Belge sous le colonialisme tardif »

Basée sur une recherche en cours, cette présentation s’intéresse à l’histoire des discours experts sur l’amour et l’intimité conjugale au Congo belge à la fin de l’époque coloniale et à ce qu’elle nous révèle sur les affects en tant qu’objets (controversés) de production de savoir et de gouvernance dans l’Afrique du tournant des décolonisations. Dans les années 1950 et 1960, l’amour romantique est l’objet de débats savants et d’une production éditoriale dynamique, aujourd’hui largement oubliés mais alors indissociables des ambitions « modernisatrices » du colonialisme tardif et de l’intérêt de nombreux acteurs de la société coloniale pour les défis psychologiques/émotionnels de l’« acculturation » dans l’Afrique urbaine. Cette présentation explore comment et pourquoi le Congo est devenu un laboratoire privilégié pour une série d’enquêtes sur ces sujets, et comment ces travaux ont pu accompagner d’une part les ambitions familialistes renouvelées d’influents entrepreneurs moraux catholiques, et d’autre part les discussions publiques sur les affects conjugaux menées par les élites congolaises au moment de la décolonisation. Les usages et postérités multiples de ces débats permettent d’interroger à la fois le pouvoir et les limites des discours normatifs coloniaux sur l’amour et les ambiguïtés des projets de réforme conjugale de la fin de la colonisation.

Amandine Lauro est chercheuse qualifiée du Fonds national de la recherche scientifique belge (FNRS) à l’Université libre de Bruxelles. Ses recherches portent sur l’histoire du genre, de la sexualité et des régulations sociales en situation coloniale, plus particulièrement dans l’ancien empire colonial belge. Elle a notamment publié sur les sexualités interraciales, les politiques sexuelles impériales, la prostitution, la police des frontières raciales ou encore les origines du VIH. Elle travaille actuellement à un projet sur l’histoire des violences sexuelles en Afrique centrale aux XIXe et XXe siècles.