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Economie occulte et ordre statutaire : analyse sociologique de la production des fous au Gabon

Soutenance de thèse de Verdia Cordille Babongui Mba
Directeurs de thèse (cotutelle) : Rémy Bazenguissa-Ganga et Joseph Tonda
Le 17 décembre 2021, à 14h, en visioconférence.

Afin d’affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l’accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.


Jury :

 M. Rémy Bazenguissa Ganga (Directeur de thèse), EHESS
 M. Joseph Tonda (Directeur de thèse), Université d’Omar-Bongo de Libreville
 Mme Marie-Thérèse Mengue (rapporteure), Université Catholique d’Afrique Centrale, Yaoundé, Cameroun
 M. Roberto Beneduce (rapporteur), Université de Turin, Italie
 Mme Florence Bernault, Sciences politiques de Paris
 M. Richard Rechtman, EHESS
 Mme Emmanuelle Kadya Tall, IRD
 M. Parfait D. Akana, Université de Yaoundé 2, Cameroun


Résumé :

Cette thèse propose une analyse sociologique de la production des fous, et plus précisément de leur esprit, au Gabon. Elle montre que cette production est liée aux tensions qu’exerne le néolibéralisme sur l’ordre statutaire qui organise les relations de la vie quotidienne à travers l’opposition entre les “Mamadou”, les puissants, et les “Makaya”, les dominés. La notion de production est ici prise dans tous les sens. D’abord par ce qui rend les fous visible, le désengagement de l’État puis, la mise en place d’une économie occulte où des “Mamadou”, majoritairement, et des “Makaya” s’offrent les services des ngangas ou féticheurs pour capturer ces esprits. Et enfin, de manière métaphorique, production dans le sens de ce que fabrique l’esprit du fou en terme de richesses, du fait de sa possession par d’autres alors que son corps, inutile, est exclu du monde du travail. Le constat qui découle de nos enquêtes de terrain, menées à partir d’entretiens semi directifs et d’ observations, laisse apparaître un lien de dépendance entre la réussite sociale et la folie. Ce rapport social suggère la possibilité de réussir sans travailler et qu’en l’occurence les fous sont le produit de cet enrichissement deconnecté du travail. Deux modalités de la production des fous apparaissent à savoir “on se rend fou” et “on est rendu fou”qui, loin de correspondre seulement à un imaginaire de la maladie et de l’enrichissement occulte, sous tendent aussi la critique des politiques publiques. En cherchant à comprendre les logiques sous jacentes à la production des fous, nous avons pu établir que les économies occultes surviennent au Gabon dans un contexte de crises où les inégalités sociales émergentes sont traduites dans l’imaginaire religieux de la prédation mystique. Donc, ce rapport social met aux prises deux catégories statutaires socialement construites, les “Mamadou” et les “Makaya”qui évoluent dans un rapport de force, à la fois réel et imaginaire, dans lequel les trajectoires d’accumulation et de guérison mobilisent les mêmes idiomes du fétichisme. Ainsi, les fous, loin d’être de simples malades, seraient, selon le sens émique, des “fonctionnaires fantômes” ou, en d’autres termes, ils seraient métonymiquement réduits à la richesse, ce qui confère à leur esprit une simple valeur d’usage dans un marché double et invisible où leur capture opère dans le cadre d’un ordre sacrificiel qui concerne tous les Gabonais.


Mots clés :
folie, réussite sociale, État, fétichisme, travail, sacrifice, rapport social.


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Abstract:

This thesis proposes a sociological analysis of the production of madmen, and more precisely of their spirit, in Gabon. It shows that this production is linked to the tensions that neoliberalism exerts on the statutory order that organizes the relations of daily life through the opposition between the "Mamadou", the powerful, and the "Makaya", the dominated. The notion of production is taken here in all senses. First, by what makes the madmen visible, the disengagement of the State, then, the setting up of an occult economy where the "Mamadou", mainly, and the "Makaya" offer themselves the services of ngangas or fetishists to capture these spirits. And finally, in a metaphorical way, production in the sense of what the spirit of the madman produces in terms of wealth, due to its possession by others while his body, useless, is excluded from the world of work. The report which results from our field investigations, carried out starting from semi-structured interviews and observations, lets appear a link of dependence between the social success and the madness. This social relationship suggests that it is possible to succeed without working, and that in this case, madmen are the product of this enrichment disconnected from work. Two modalities of the production of the insane appear, namely "one makes oneself insane" and "one is made insane" which, far from corresponding only to an imaginary of the disease and the occult enrichment, also underlie the criticism of the public policies. In seeking to understand the underlying logics of the production of the insane, we have been able to establish that occult economies arise in Gabon in a context of crises where emerging social inequalities are translated into the religious imaginary of mystical predation. Thus, this social relationship pits two socially constructed status categories, the "Mamadou" and the "Makaya", against each other in a power struggle, both real and imagined, in which the trajectories of accumulation and healing mobilize the same idioms of fetishism. Thus, the insane, far from being mere patients, would be, according to the emic sense, "phantom civil servants" or, in other words, they would be metonymically reduced to wealth, which confers on their spirit a simple use value in a double and invisible market where their capture operates within the framework of a sacrificial order that concerns all Gabonese.


Keywords:
madness, social success, state, fetishism, work, sacrifice, social relationship