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Citoyennetés et nationalités impériales et post-impériales

Séminaire du LAM.

Coordination scientifique :
Juliette Ruaud : juliette.ruaud.1@ulaval.ca
Kamala Marius : kamala.marius@u-bordeaux-montaigne.fr
Etienne Smith : e.smith@sciencespobordeaux.fr


Présentation du séminaire

Depuis plusieurs décennies déjà, les empires et les espaces coloniaux apparaissent comme des laboratoires privilégiés de la genèse de la citoyenneté et de la nationalité (Havard 2009, Vidal 2014, Fradera 2015). On sait désormais que ces dernières se sont aussi bâties loin des centres européens, voire même de la terre ferme (Perl-Rosenthal 2015). Ce décentrement a donné naissance à de nombreuses recherches, qu’elles portent sur le travail bureaucratique et l’identification des individus (Awenengo Dalberto 2020, Spire 2003), sur les conditions d’accession à la citoyenneté et à la nationalité (Coquery-Vidrovitch 2001, Mari & Savarese 2019 ; Berhe & de Napoli 2022) ou de la dénaturalisation (Blévis & Zalc 2019), sur les débats ou les enjeux juridiques et doctrinaux autour de ces dernières (Deschamps 1998, Marquet 2018, Putnam 2014, Amara 2019, Fredj & Sibeud 2019), sur les processus de racialisation à l’œuvre en la matière (Larcher 2014, Saada 2003, Urban 2009), sur les liens entre citoyenneté et espaces urbains (Diouf 1999, Mamdani 1996), sous l’angle municipal ou électoral (Trépied 2010, Ruaud 2021), sur des trajectoires individuelles exceptionnelles (Zachernuk 2000, Banerjee 2010, Semley 2017, Fradera, Portillo & Segura-Garcia 2021) ou encore sur la réverbération des classifications ou des pratiques en métropole (de Barros 2005). Dans ce cadre, l’étude des espaces coloniaux et impériaux permet d’interroger les histoires métropolitaines de la citoyenneté et de la nationalité, non pas en faisant le seul récit d’une exceptionnalité, mais bien en entreprenant une « étude des limites » (Blévis 2004 ; 2008). De surcroît, Frederick Cooper a montré à quel point écrire l’histoire de la citoyenneté et de la nationalité dans ces territoires n’équivaut pas seulement à faire le récit d’un processus d’exclusion, mais permet au contraire de montrer combien la citoyenneté et la nationalité elles-mêmes avaient pu être historiquement bien plus distinctes et plurielles qu’on ne le croit (Cooper 2014 ; 2018). Se pencher sur les territoires coloniaux et impériaux permet donc de lutter contre l’amnésie de la genèse.

Ce séminaire vise à faire le bilan de ces recherches en présence de leurs principaux artisans, tout en explorant leurs pistes de renouvellement. Pour cela, il cherchera à faire dialoguer des recherches qui sont parfois restées cloisonnées, notamment du fait des spécialisations liées aux aires géographiques ou aux périodisations historiques. On s’y demandera donc comment aborder de manière unifiée des cas qui renvoient à des situations historiques et juridiques parfois très distinctes, et comment en proposer une cartographie d’ensemble, qui manque encore pour le moment. Ce séminaire part aussi du constat que l’on connaît finalement très peu la sociologie de ces anciens citoyens et de leurs descendants (diversité des conditions d’accès à la citoyenneté, migrations, endogamie, rôle de la famille, positions occupées avant et après les Indépendances, etc.). A contrario, on discutera de la pertinence de certains couples d’oppositions (en premier lieu la dichotomie « citoyen-sujet ») et de ce qu’ils masquent parfois (Trémon 2013). Ce séminaire vise aussi à poser la question des manières d’aborder la longue durée de ces phénomènes, et celle des continuités entre situation coloniale et postcoloniale, que ce soit du côté de la « colonie rapatriée » en métropole ou du côté des anciens espaces colonisés. On s’y demandera notamment comment la pluralité d’expériences et de possibles des années 1940-1950 ont été gérées localement après les Indépendances, et ce qu’il en est resté. De même, on cherchera à déterminer quels sont les espaces encore peu explorés, au-delà des cas les plus emblématiques (Algérie, Nouvelle-Calédonie, Sénégal, Inde, Ghana) et on fera intervenir des spécialistes de contextes plus inattendus, que ce soit à propos de Djibouti, de l’Empire Ottoman, des diasporas tamoules ou sikhes, des colonies italiennes etc. Enfin, ce séminaire a aussi pour projet de poser la question des méthodes et des changements d’échelle pertinents pour travailler ces questions à nouveaux frais, que ce soit du côté de la restitution des expériences ordinaires liées à l’acquisition (ou non) de la nationalité et de la citoyenneté (micro-histoire, récits de vie, etc.) ou du côté des méthodes quantitatives (prosopographie, écriture de biographies collectives, analyse de réseaux, etc.). Aussi, ce séminaire tentera de faire émerger des objets, des fonds d’archives ou des techniques encore peu explorées, et de proposer des amorces pour de nouvelles recherches, éventuellement collectives.

Lundi 2 mai 2022

(14h-17h) : Citoyenneté et nationalité dans l’Océan Indien français

 Julie Marquet (Université du Littoral Côte d’Opale) : « Statut personnel et catégories de la citoyenneté dans les Établissements français de l’Inde au XIXe siècle »
 Simon Imbert-Vier (IMAF-Aix) : « État civil et constat de nationalité en Côte française des Somalis »

Discutants : Kamala Marius (UBM/LAM), Etienne Smith (Sciences Po Bordeaux/LAM)

Lundi 27 juin 2022

(14h-17h) : Retour sur les Quatres Communes du Sénégal

 Juliette Ruaud (LAM) : La citoyenneté dans le Sénégal colonial, au-delà des Quatre
Communes.
 Hélène Quashie (IMAF / LARTES-IFAN / ICM), Familles "métisses" et citoyens français des anciennes Quatre communes sénégalaises : circulations entre le Sénégal, le Bénin et les diasporas d’Europe.

Discutant : Mamadou Diouf (Columbia University), Etienne Smith (Sciences Po Bordeaux/LAM)

Programme-LAM