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Pratiques et ​vies musicales

« Regards croisés », séminaire de l’IMAF-Aix
Coordonné par Ines Pasqueron de Fommervault et Henri Médard.
Voir le programme complet du séminaire.

vendredi 2 février 2024
14h-17h
salle Germaine Tillion, MMSH

 Charlotte Grabli, Ciresc
« Les après-vies musicales du Royaume Kongo : musique, mobilité et anticolonialisme le long de la côte de l’Angola et des deux Congo »
Cette présentation explore les relations entre musiques et utopies panafricaines qui émergent dans l’ancien territoire du royaume de Kongo, le long de la côte du nord de l’Angola portugais et des Congo belge et français de 1930 à 1980. Les musiques populaires de cette région – plus tard englobées sous l’expression de rumba congolaise – se développent à la croisée de deux mouvements : l’un, transfrontalier, produit par la mobilité des musiciens bakongo à travers les trois colonies ; et l’autre, transatlantique, généré par l’essor de la phonographie et le « retour » des musiques afro-cubaines dans cette région liée à Cuba depuis le début de la traite atlantique. Je présenterai les visions singulières du panafricanisme que portent les musiciens populaires dans ce contexte, à la fois à travers leurs mobilités et leur production musicale. Dans un premier temps, j’analyserai la façon dont les musiciens bakongo d’Angola construisent un réseau musical frontalier connectant l’ancienne capitale du royaume Kongo, São Salvador, le port de Matadi à la frontière du Congo belge, et Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) où se concentrent les premiers studios d’enregistrements depuis 1945. Dans un second temps, je questionnerai la portée politique et anticoloniale de ce panafricanisme en observant ses liens avec les mouvements politiques kongo qui se développent dans la région jusqu’à l’indépendance des deux Congo, en 1960, et le déclanchement de la guerre de libération angolaise, en 1961. Enfin, j’évoquerai la manière dont ces visions du panafricanisme circulent et se transforment au-delà des deux Congo, à travers les circuits du disque et des festivals panafricains qui s’ouvrent à la faveur des décolonisations dans les années 1960 et 1970.

 Giordano Marmone (Lesc)
« Les nouveaux parcours politiques des pasteurs nomades. Technologies numériques, musique traditionnelle et “populisme pastoral” dans la campagne électorale de 2022 au Nord du Kenya »
Lors des élections de 2022 au Kenya, les technologies numériques de communication ont joué un rôle prépondérant dans les zones rurales du pays, notamment celles habitées par des communautés de pasteurs nomades. Dans cette présentation, je me pencherai sur le cas spécifique des Samburu pour illustrer comment l’utilisation généralisée des téléphones portables parmi les pasteurs dans les territoires semi-désertiques a permis aux candidats aux élections locales et nationales de concevoir de nouvelles stratégies de propagande spécifiquement orientées vers les communautés rurales. La création et la diffusion numérique de chansons électorales conçues dans le style des poèmes traditionnels liés à la pratique des vols de bétail met en lumière la nécessité pour les candidats de se présenter à leur électorat en tant que « vrais pasteurs », cherchant ainsi à dissimuler leur identité de bureaucrates occupant des postes de cadres dans la capitale Nairobi. Elles/ils se positionnent comme les défenseurs du système de pouvoir local, fondé sur des hiérarchies claniques et de classe d’âge, contre les ingérences du gouvernement national. Ces pratiques de propagande et de construction du consensus ont contribué à façonner ce que l’on pourrait qualifier de « populisme pastoral », une forme de populisme rural qui ne repose pas sur l’opposition entre peuple et élites, mais exprime l’aspiration des pasteurs nomades à influencer et à prendre le contrôle des instances administratives de leur pays.