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Monuments et documents de l’Afrique ancienne : recherches en cours en histoire, histoire de l’art et archéologie

Séance du 24 mai 2024, de 14h30 à 16h30
Bâtiment EHESS-Condorcet, salle gradinée, 2 cours des humanités, 93300 Aubervilliers

 Robin Seignobos (Univ. Lumière Lyon 2, CIHAM),
« L’émir et l’éparque : l’administration de la frontière égypto-nubienne à l’époque fatimide d’après les documents arabes de Qaṣr Ibrīm (XIe-XIIe siècles) »

La frontière entre l’Égypte islamique et la Nubie chrétienne, localisée depuis la conquête arabe au niveau de la première cataracte du Nil, près de la ville d’Assouan, est un espace paradoxal qui sépare autant qu’il relie les sociétés installées de part et d’autre de celle-ci. Encore récemment ce que l’on savait de son administration à l’époque médiévale se fondait sur quelques laconiques mentions dans des sources "littéraires" (chroniques, récits de voyage, textes normatifs...) reflétant, le plus souvent, le point de vue du pouvoir central islamique sur ces marges lointaines. Or, la publication imminente d’un corpus de documents arabes mis au jour sur le site de Qaṣr Ibrīm (Basse Nubie) est sur le point de renouveler en profondeur notre compréhension du fonctionnement de cette frontière à partir, cette fois, de textes de la pratique émanant d’acteurs locaux. Nous nous intéresserons plus particulièrement, dans cette présentation, à la correspondance échangée entre les émirs de la tribu des Banū al-Kanz, qui contrôlaient la ville frontalière d’Assouan au nom des califes fatimides, et l’éparque de Nobadia qui représentait le souverain nubien dans la région comprise entre la première et la deuxième cataracte. L’analyse de ces lettres, datant pour la plupart de la seconde moitié du XIIe siècle, permet de saisir au plus près le rôle joué par les représentants locaux de l’administration en tant que garants de la sécurité des marchands et de la fluidité des circulations transfrontalières, mutuellement bénéfiques aux deux États. Mais nous verrons que l’émir et l’éparque sont également liés par des relations interpersonnelles, fondées sur l’échange constant de biens et de services, révélatrices d’une étroite imbrication des élites frontalières dont les intérêts communs transcendent les frontières étatiques et religieuses.