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Anthropologie comparative du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali...)

Séminaire organisé par Amalia Dragani, post-doc au Cluster of Excellence "Africa Multiple" (Bayreuth Academy of Advanced African Studies, Allemagne), Pietro Fornasetti, doctorant à l’EHESS (IMAF), Ismaël Moya, chargé de recherche au CNRS (hors EHESS), Abdel-Wedoud Ould-Cheikh, professeur à l’Université de Lorraine (hors EHESS), Jean Schmitz, directeur de recherche émérite à l’IRD (IMAF) et Étienne Smith, chercheur associé, CERI (Sciences Po Paris) (hors EHESS).

Année universitaire : 2019 / 2020
Périodicité : 1er, 3e et 5e mercredis du mois de 15h à 17h
Localisation : Campus Condorcet, salle 0.010, bâtiment Recherche Nord, Cours des Humanités 93300 Aubervilliers
Calendrier : Du 6 novembre 2019 au 17 juin 2020


Présentation :

Ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Nous poursuivons cette année l’étude de quatre thématiques : l’islam, les hiérarchies sociales de castes et d’esclavage, la migration ainsi que les relations de genre pour s’interroger sur l’unité de cette région. Loin de considérer les différentes configurations saheliennes comme des espaces disjoints, on s’attachera à comprendre leur continuité dans une perspective comparative en s’intéressant à l’historicité et la cohérence des économies morales, des institutions et des valeurs qui les organisent. Il s’agit enfin de dépasser les problématiques centrées sur des groupes définis en soi ou par leur origine, au profit de l’étude des dynamiques politico-religieuses de la région (djihad du XIXe, réformisme musulman…) et de l’analyse des relations qui constituent et articulent les catégories sociales locales et rendent compte de leur mutabilité : superposition (intersectionnalité), substitution, occultation.


CONTACT :
ismael.moya(at)cnrs.fr, schmitz(at)ehess.fr


PROGRAMME :

 6 novembre 2019 :
Ce séminaire est consacré à l’anthropologie comparative des sociétés du Sahel occidental musulman (Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger...) et de leurs diasporas, régionales et internationales. Nous poursuivons cette année l’étude de quatre thématiques : l’islam, les hiérarchies sociales de castes et d’esclavage, la migration ainsi que les relations de genre pour s’interroger sur l’unité de cette région. Loin de considérer les différentes configurations saheliennes comme des espaces disjoints, on s’attachera à comprendre leur continuité dans une perspective comparative en s’intéressant à l’historicité et la cohérence des économies morales, des institutions et des valeurs qui les organisent. Il s’agit enfin de dépasser les problématiques centrées sur des groupes définis en soi ou par leur origine, au profit de l’étude des dynamiques politico-religieuses de la région (djihad du XIXe, réformisme musulman…) et de l’analyse des relations qui constituent et articulent les catégories sociales locales et rendent compte de leur mutabilité : superposition (intersectionnalité), substitution, occultation.

 20 novembre :
Ahmed Chanfi (Humboldt University-Berlin), invité IISMM : Ulama et communautés africaines à la Mecque. Al-Jami, Muhammad Surur al-Sabban et le quartier Shari’ al-Mansur à la Mecque (20e siècle)
Discutante : Tal Tamari (CNRS-IMAF).

Ma discussion se concentre sur l’histoire et le présent des communautés africaines de la Mecque (et du Hijaz/ sud-ouest de l’Arabie Saudite) dans leurs deux principales catégories : les élites et les masses. Après un bref historique de la présence des Africains à la Mecque, je décris la vie quotidienne dans le quartier populaire Shari’ al-Mansur dont la majorité des habitants est africaine. Je présente ensuite la biographie de deux personnalités du Hijaz d’origine africaine qui ont profondément marqué l’histoire religieuse, politique, économique et culturelle de l’Arabie saoudite : Shaykh Muhammad Aman al-Jami, (1930-1995), un ’alim (érudit de l’islam) et Muhammad Surur al-Sabban (1898-1971), homme politique, homme d’État, homme d’affaires, philanthrope et écrivain. L’argument principal de ma discussion est de montrer la grande contribution des communautés d’origines africaines dans la vie de la Mecque, du Hijaz et de l’Arabie Saudite, en dépit de l’exclusion, du racisme et de la discrimination dont elles continuent de faire l’objet, de la part des autorités de l’État et des non-Africains. De plus, je montre les types de relations qui lient les élites et les masses des populations d’origines africaines. Je montre également comment la « logique des exclusions » opère au sein de ces communautés. Pour ce faire, je me suis inspiré de la dynamique relationnelle créée par les concepts "establishments" (ici les élites) et "outsiders" (ici les masses), deux concepts bien connus du célèbre sociologue Norbert Elias.

Le dernier ouvrage d’Ahmed Chanfi est paru le 2 septembre 2019.
2018, Preaching Islamic Revival in East Africa, Cambridge Scholars Publishing.
2019, Afro-Mecca in History : African Societies, Anti-Black Racism, and Teaching in Al-Haram Mosque in Mecca, Cambridge Scholars Publishing.

Podcaster la première conférence du Professeur Chanfi Ahmed qui s’est tenue le 8 octobre dernier à l’INALCO, dans le cadre du Séminaire « Regards croisés sur la mystique musulmane ». Responsable : Jean-Jacques Thibon.
La grande contribution des ulama ouest-africains, ceux du mouvement égyptien Ansar al-Sunna et ceux du mouvement indien Ahl al-Hadith dans la diffusion du Salafisme-Wahhabi

 4 décembre :
Aïssatou Mbodj-Pouye (CNRS, IMAF), Chanter la mobilité dans les villages Soninké (des années 1970 à nos jours) : perspectives féminines sur la migration masculine

Principalement chantées par des femmes, les chansons incitant à la migration et moquant celui qui n’a pas le courage de partir sont nombreuses dans les régions soninké. Si de telles chansons ont été fréquemment citées dans les études historiques et anthropologiques sur la migration dans ces espaces, aucune analyse systématique n’en a été proposée. En m’appuyant sur un corpus de chants de jeunes filles datant du début des années 1970s à aujourd’hui (retrouvés sur des cassettes conservées dans des archives privées ou enregistrés sur le terrain) je ferai premièrement ressortir les changements de ce répertoire, alors que les quelques cas cités dans la littérature donnent l’image d’une fixité des thèmes et des formulations ; deuxièmement, je montrerai qu’au-delà de la réaffirmation du cadre moral qui donne sens à la migration (faisant l’éloge du bon migrant qui revient avec des richesses), ces chansons donnent aussi à entendre des voix dissonantes ; enfin, en m’appuyant sur la comparaison avec des contextes similaires, je proposerai des pistes de réflexion autour des conceptions communes et scientifiques d’une efficacité « motrice » de ces chansons.

 18 décembre : ANNULÉE ET REPORTÉE AU 15 JANVIER 2020

 15 janvier 2020 : SÉANCE ANNULÉE
Jean Schmitz (IRD, IMAF), La crise du Mali à partir de Kayes : post esclavage et nouveaux subalternes

Au printemps 2019, un mouvement abolitionniste malien rassemblait des témoignages sur les violences subies par des présumés « esclaves » de la région de Kayes au Mali. Ces événements manifestèrent et la situation de post-esclavage du pays soninké à cheval sur trois frontières (Mali, Mauritanie, Sénégal) et la force d’une micro politique de l’omerta qui réussit à faire silence sur cette réalité. Paradoxalement cette zone est celle du plus ancien bassin d’émigration vers la France. Second paradoxe, ce pouvoir néo-traditionnel issu des réformes de décentralisation des années 1990 procède des interactions en miroir avec les associations de migrants en Île-de-France. Assurant la domination foncière des « autoproclamés nobles », il leur fournit l’arme la plus puissante à l’encontre des subalternes, le retrait des champs. On essaiera de comparer avec la situation à front renversé qui prévaut plus à l’est, au Mali centre. Depuis 2015 s’y sont déplacées les violences djihadistes de nouveaux subalternes dirigées contre la néo-notabilité de la décentralisation. Enfin leur fondamentalisme de sunnadunko ou « gens de la Sunnna », les a éloignés du modèle de « révolution voilée » des ordres soufis sénégambiens (Muridiyya, Tijâniyya…). Celui-ci permit à ces derniers d’émanciper les subalternes et d’effacer la mise hors islam des présumés esclaves.

 29 janvier :
Abdel Wedoud Ould Cheikh (Université de Lorraine), Soufisme et proto-salafisme dans l’espace mauritanien (XIe-XXe s.). Autour de quelques controverses et personnalités ouest-sahariennes

L’islam, on le sait, s’est progressivement emparé de la région saharo-sahélienne, dans sa version malikite-aš‛arite-confrérique. La relative homogénéité de cette obédience doctrinale ne s’est pas réalisée cependant sans quelques frictions et controverses qui ont contribué à la constitution du ’champ maraboutique’ sahélo-saharien. On y relève notamment les racines d’une opposition ancienne entre un proto-salafisme inspiré – tout au moins au départ – de la dimension ’rationalisante’ de l’aš‛arisme, et des courants mystiques d’orientation plus ou moins millénariste. Cette opposition se dessine dès l’époque du conflit de Šurbubba (XVIIe siècle) et se poursuivra aux XIXe et XXe siècles, alimentée en bonne partie par des éléments de la diaspora de la tribu Tajakant installée au Moyen Orient à partir des années 1920, diaspora qui comptera notamment l’une des plus grandes figures du ’Vatican wahhabite’ : Muḥammad al-Muẖtār al-Šinqīṭī, plus connu chez les Mauritaniens sous le nom de Ābba wuld Ḫṭūr (m. 1972).Retour ligne automatique
La communication s’attachera au rappel de quelques-unes des controverses qui ont opposé soufis et (proto)salafistes autour notamment de quelques figures marquantes de la tribu des Tajakant (al-Muẖtār wuld Būna, la famille Mayāba, Ābba wuld Ḫṭūr…).

 5 février :
Pietro Fornasetti (IMAf, EHESS) Gens de l’intérieur, gens de l’extérieur : espace domestique, réseaux matrimoniaux et migrations transnationales à Sinikiéré (Centre-Sud, Burkina Faso)

Cet exposé présentera l’argument de ma thèse. Il prendra comme point de départ l’ethnographie d’un village burkinabè d’appartenance de migrants de travail, pour en tirer des leçons plus larges (à visée comparative) sur une anthropologie des sociétés dites à organisation domestique. Les migrations de travail de jeunes hommes rurbains burkinabè seront abordées non pas comme un épiphénomène, ou une version subalterne, de la globalisation néo-libérale, mais comme l’un des traits de structure de cette société (paysanne mais enchâssée dans la modernité) où le mouvement des personnes (leur disposition relative et dynamique dans un cadre spatial donné) occupe une place fondamentale. Dans cette perspective, on est amené à concevoir les transformations sociales non pas comme le passage traumatique d’un ordre social à un autre, mais comme un processus normal, de changement ou d’adaptation, dans lequel ce qui compte est maintenu en place, alors que ce qui est indifférent est ignoré ou, éventuellement, délaissé.
Cette idée constitue le fil rouge de mon ethnographie, un travail de collecte de données nourri à la fois d’une approche systématique et d’une attitude constante de sérendipité. Elle montre que le mouvement est au cœur d’une multiplicité d’institutions classiques : la maison, les réseaux matrimoniaux, les relations d’âge, les remises migratoires, le voyage, les "foyers", les "patrons". Ces institutions qui a priori, relèveraient de mondes séparés ou antinomiques (celui du village et celui de l’"aventure") ne sont, en fait, que l’intérieur et l’extérieur d’un même espace social.

 4 mars :
Jean Schmitz (IRD/IMAF), La crise du Mali à partir de Kayes : post esclavage et nouveaux subalternes

Au printemps 2019, un mouvement abolitionniste malien rassemblait des témoignages sur les violences subies par des présumés « esclaves » de la région de Kayes au Mali. Ces événements manifestèrent et la situation de post-esclavage du pays soninké à cheval sur trois frontières (Mali, Mauritanie, Sénégal) et la force d’une micro politique de l’omerta qui réussit à faire silence sur cette réalité. Paradoxalement cette zone est celle du plus ancien bassin d’émigration vers la France. Second paradoxe, ce pouvoir néo-traditionnel issu des réformes de décentralisation des années 1990 procède des interactions en miroir avec les associations de migrants en Île-de-France. Assurant la domination foncière des « autoproclamés nobles », il leur fournit l’arme la plus puissante à l’encontre des subalternes, le retrait des champs. On essaiera de comparer avec la situation à front renversé qui prévaut plus à l’est, au Mali centre. Depuis 2015 s’y sont déplacées les violences djihadistes de nouveaux subalternes dirigées contre la néo-notabilité de la décentralisation. Enfin leur fondamentalisme de sunnadunko ou « gens de la Sunnna », les a éloignés du modèle de « révolution voilée » des ordres soufis sénégambiens (Muridiyya, Tijâniyya…). Celui ci permit à ces derniers d’émanciper les subalternes et d’effacer la mise hors islam des présumés esclaves.